mardi 29 mars 2016

L'IFREMER s'intéresse à la régression des algues brunes !

Dernières nouvelles : L'IFREMER s'intéresse au problème ! Enfin !

 

 Un article est paru en dernière page du journal Le Télégramme du mercredi 16 mars 2016 : L'IFREMER constate une régression de la zone des fucales depuis la fin des années 1980 en Bretagne. 

  Nous, nous dirions que le phénomène a commencé plus tôt (fin des années 1950) et qu'il n'est pas limité aux côtes bretonnes. Mais l'organisme officiel de recherches confirme enfin ce que de nombreux laboratoires, notamment celui de Roscoff, refusent d'admettre. 

  L'article dit ensuite que "la cause globale semble des hivers plus chauds  qui favorisent le développement des patelles, redoutables prédateurs et des algues vertes, concurrentes pour l'espace et la disponibilité des nutriments"

   Yesss ! Nous y sommes enfin ! depuis le temps qu'on (notamment le laboratoire de Roscoff) nous prend pour des imbéciles en nous disant "il est impossible que les patelles mangent des algues brunes !"  

   Merci l'IFREMER ! Nous espérons que la recherche sur le sujet va enfin démarrer.

IFREMER -Le Télégramme mars 2016

    Voici aussi un article fait sur le sujet par l'IFREMER, en 2009.


dimanche 27 avril 2014

Perte de biodiversité : alerte à la disparition des algues brunes des estrans rocheux

    Dès que les beaux jours reviennent,  un sujet concernant le littoral revient régulièrement dans les médias : les algues vertes en Bretagne.
    Celles-ci, comestibles quand elles sont en bon état ("laitues de mer"), pullulent dans l'eau des baies et sont transportées par les courants sur les plages, où elles s'échouent et meurent. Les baigneurs se plaignent de ne plus pouvoir marcher sur le sable ni nager dans une eau qui ressemble à une soupe de légumes. La putréfaction des algues mortes dégage des gaz malodorants, et même toxiques comme l'ont montré divers évènements, dans les Côtes d'Armor notamment.leur ramassage et leur destruction nécessite des moyens importants, et leur valorisation ne semble pas encore au point.
    L'excès de sels minéraux nutritifs dans l'eau (nitrates, phosphates) est responsable de la prolifération de ces algues, d'ordinaire inoffensives. Les activités humaines sont accusées, notamment l'agriculture intensive et l'élevage porcin. Les eaux issues des stations d'épuration, moins mises en cause, sont peut-être aussi responsables, car les baies atteintes sont souvent proches d'agglomérations importantes, comme Saint-Brieuc, Lorient, Concarneau ou Douarnenez.
    Le problème est très sérieux, mais beaucoup d'études ont été faites sur le sujet.

   Par contre, personne, ou presque, ne se préoccupe de la disparition, pourtant inquiétante, des algues brunes de l'estran (zone comprise entre la haute mer et la basse mer). Ces algues, en effet, conservent pendant la marée basse l'humidité nécessaire à la survie de nombreuses espèces animales ; elles leur assurent protection contre les prédateurs et leur nourriture. Sans algues, tout le petit monde de l'estran subit le gel en hiver, l'ensoleillement trop fort en été ; l'eau devient trop douce dans les mares quand il pleut, trop salée quand il fait chaud. Nombreux sont les organismes qui ne supportent pas ces variations et meurent. Les algues modèrent ces variations ; même si elles souffrent elles résistent, étant adaptées au climat du lieu.
    Il y a plusieurs années, nous avons réalisé une étude sur le sujet et l'avons fait paraître dans la revue Penn ar Bed (n° 192, mai 2005), éditée par l'association Bretagne Vivante. Notre article accompagnait celui de monsieur Auguste Le Roux, enseignant-chercheur de l'université de Rennes et directeur de la station biologique de Bailleron, aujourd'hui en retraite. Vous trouverez ce document, dans un premier temps, tel qu'il est paru, en cliquant ici, ou à la suite du présent article
Voir aussi :
  
   Nous espérions attirer l'attention des scientifiques (universités, IFREMER, etc) sur le problème et susciter des recherches pour connaître la cause du problème. Si elles ont été entreprises, nous avons eu peu d'information et personne ne communique sur le sujet par internet ou presque. Parmi ceux que nous avons trouvé sur le WEB :
 - notre article paru dans "pêche-plaisance" (n° 25 de mars 2010),
 - le site d'Auguste Le Roux "famine chez les berniques"
 - l'article  d'Auguste Le Roux sur Tela Botanica,
 - un article de Philippe Argouach  sur Bretagne Presse.
 - un article d'Ouest-France par Sylvain Chauvaud (qui a collaboré avec A. Le Roux)
 - Un article du Monde, par Gabriel Simon (2006) mentionnant aussi Le Roux et Chauvaud. 
 - Un petit article de l'IFREMER (2006), commentant celui du Monde
  Vous remarquerez que dans pratiquement tous les cas, Auguste Le Roux est à l'origine de ces recherches.
  On peut aussi trouver une étude scientifique faite par le Réseau Benthique (ReBent) de l'IFREMER, en association avec le CEVA (centre de Valorisation des algues de Larmor-Pleubian), basée sur la comparaison de photos aériennes prises à différentes dates, sous le nom de "cartographie de la couverture de fucales en zone intertidale
   Les Britanniques (Ile de Wight et Solent, Ile de Man Cornouailles, Pays de Galles.. et les Irlandais s'intéressent au sujet depuis plus longtemps (début des années 1950) . Ils ont mis en valeur l'influence des patelles (limpets, en anglais) sur l'évolution de la quantité d'algues brunes sur l'estran. Si vous êtes scientifique et lisez l'anglais ans le texte, vous pouvez trouver sur internet une recherche très complète, publiée dans Marine Ecology : "Direct and indirect effect of a macroalgal canopy and limpets grazing in structuring a sheltered inter-tidal community". Ou encore celle-ci : Seaweeds ecology and physiology (voir surtout chapitre 3) Attention aux traductions automatiques en français qui sont souvent incompréhensibles voire bourrées de contresens.... 

   Une association de plaisanciers d'Étel, l'APPRÉ, pense comme nous que les algues sont détruites par les berniques (encore appelées patelles, ou chapeaux chinois) et ont mené une expérience probante dans leur port : ils ont éliminé les berniques d'un mur de quai, et les algues ont recolonisé le milieu, accompagnées du retour de nombreuses espèces animales..  L'ennui, c'est qu'un autre plaisancier, prétendant qu'il n'y avait plus de berniques sur le littoral près de chez lui, en a importé à cet endroit. Chose à ne pas faire tant qu'un équilibre ne sera pas rétabli entre les goémons et les gastéropodes.
   L'Association des pêcheurs plaisanciers du Finistère, grâce à l'action de Monsieur Philippe Spetz, a convaincu la Fédération (FNPPSF) qu'une expérimentation (sous contrôle de l'IFREMER) peut se faire en différents endroits de notre littoral. Un article devrait paraître prochainement dans Pêche-Plaisance, la revue de la Fédération.

    Notre hypothèse semble hérisser certains écologistes et scientifiques, selon lesquels une espèce autochtone ne peut pas être responsable de pareils dégâts. Nous sommes pourtant convaincus qu'il faut chercher dans cette direction.

     On trouvera donc dans ce blog des observations prouvant la gravité du phénomène, avec photos à l'appui et des résultats d'expériences sur le terrain. Nous serions heureux d'avoir l'avis de lecteurs sur le sujet.
     Pour nous contacter envoyer un message à  : francoismadic@gmail.com
    

Les algues brunes

Plan  
    1) les algues brunes  : généralités
    2)  les algues brunes de la zone des marées (horizons supra-littoral et médio-littoral)
                       - dans les zones calmes.
                       - en mode battu.
    3)  les algues brunes de l'horizon inférieur de la zone médio-littorale et de la zone infra-littorale

Les algues brunes : généralités
  Ces algues, couramment appelées goémon (en breton gouemon) ou varech (nom d'origine normande), sont des végétaux chlorophylliens, qui contiennent des pigments permettant la photosynthèse. La mise en évidence de la chlorophylle est facile : il suffit de faire bouillir l'algue dans de l'eau ; elle devient verte, tandis que l'eau se colore en orangé : les pigments typiques des algues brunes (fucoxanthine) se sont dissous. Les algues vertes, elles, ne possèdent que de la chlorophylle et les pigments associés, qu'on trouve aussi dans les végétaux terrestres (caroténoïdes, xanthophylles), tandis que le principal  pigment des algues rouges est appelé phycoérythrine.
    Les algues, contrairement à la majorité des plantes terrestres, n'ont pas de racines : le crampon ne sert qu'à fixer l'algue solidement au rocher. Elles n'ont pas non plus les vaisseaux qui permettent aux plantes terrestres de faire monter la sève jusqu'aux parties les plus éloignées du sol. Il faut donc qu'elles soient immergées pour être réhydratées et la résistance à la déshydratation varie selon l'espèce. L'ensemble de l'algue est appelé thalle.
     La croissance de nombreuses algues comprend un phénomène appelé la dichotomie : quand le thalle atteint une certaine longueur, il se divise en 2 "branches" égales, puis à nouveau en 2, etc.
     A certaines périodes, elle développe des organes reproducteurs qui contiennent soit des ovules, soit des spermatozoïdes.
  La reproduction de nombreuses algues brunes est très simple : produites dans des organes spécialisés, les conceptacles (dont la forme est caractéristique de l'espèce) les cellules reproductrices sont libérées. La fécondation a lieu au hasard, et l'ovule fécondé par le spermatozoïde devient un œuf. Cet œuf tombe au fond et germe et produit une nouvelle algue. S'il a beaucoup de chance, bien sûr, car beaucoup de petits animaux guettent ce moment de la reproduction  pour se nourrir des œufs fécondés ou non. Les jeunes algues, elles, peuvent être broutées par d'autres animaux  
      Sur l'estran, dans  la zone comprise entre les marées hautes  et les marées basses de morte eau, vivent essentiellement 5 espèces d'algues brunes, qui recouvrent normalement tous les rochers dans les zones abritées des trop fortes vagues.
      Ces espèces sont étagées selon leur résistance à la dessiccation. Plus l'algue vit près de la haute mer, plus son émersion est longue dans la durée. Celles situées au niveau de la mi-marée restent 6 heures hors de l'eau.
   
Les algues brunes vivant entre les marées hautes et les marées basses moyennes.

Dans les zones calmes.

   On parle de mode abrité pour des rochers qui ne subissent pas l'action des grosses houles qui déferlent avec violence sur le rivage en hiver. L'abri est d'autant plus important au fur et à mesure qu'on remonte dans les ports, les rias et les rades. Dans celles-ci, on trouve généralement des algues brunes jusqu'à la limite de l'eau douce ( à ne pas confondre avec la limite d'action des marées, située beaucoup plus loin en amont).
     La couleur de ces algues varie du jaune-orangé ou du verdâtre, lorsqu'elles sont bien hydratées, au brun foncé, parfois presque noir, lorsque l'émersion a duré plusieurs heures. l'âge de l'algue a également une importance : elle est d'autant plus foncée qu'elle est âgée.
    Les algues les plus résistantes à la déshydratation, qu'on trouve à la limite de la marée haute, ne sont recouvertes qu'aux grandes marées: ce sont de petites algues de quelques cm, les pelvéties ou Pelvetia canaliculata. Elle doivent leur nom à un thalle en forme de gouttière. L'une des faces est convexe et l'autre en forme de canal.

    Plus bas on trouve une espèce de fucus, dont le thalle est plus ou moins tordu : c'est pourquoi on   l'appelle fucus spiralé ou Fucus spiralis). Ces algues sont un peu plus grandes que les pelvéties .
    Elles ont, près de  leurs extrémités, des flotteurs (aérocystes) allongés de chaque côté d'une fausse nervure (on la qualifie ainsi, car les vraies nervures des plantes terrestres contiennent des vaisseaux conducteurs de sève, ce qui n'est pas le cas ici). Les flotteurs creux, ou vésicules contiennent un gaz qui permet aux fucus d'être dressés verticalement quand ils sont immergés, et de profiter davantage de la lumière pour leur photosynthèse. A marée haute ces végétaux ne sont plus allongés sur le rocher comme à marée basse. Ils forment alors une sorte de prairie immergée.

   Plus bas encore, les fucus vésiculeux sont caractérisées par des aérocystes presque sphériques qui sont disposées de part et d'autre d'une fausse nervure, sur une longueur plus grande que chez les fucus spiralés.

    
     La limite entre fucus spiralés et fucus vésiculeux est assez nette, mais les 2 espèces se chevauchent néanmoins. On retrouve le même chevauchement entre fucus vésiculeux et fucus denté, dans la zone inférieure de l'estran.
        Le fucus denté ou Fucus serratus a un thalle aplati, plus large que les précédents. Ses extrémités ont des bords en dents de scie, d'où son nom. Il se trouve à des niveaux plus bas que le fucus vésiculeux, mais les 2 espèces se mélangent au niveau de la "limite"
  
 
    Sur la plupart des rochers les plus abrités, dans les estuaires, les ports, les criques, il existe une autre espèce d'algue parfois très abondante qui partage la place avec les fucus spiralés et les fucus vésiculeux et déborde  quelquefois dans la zone à fucus dentés: ce sont les ascophylles.
     Il s'agit de longs rubans qui peuvent dépasser un mètre et sur lesquels on trouve de gros flotteurs (aérocystes) qui font penser à des nœuds (d'où le nom Ascophyllum nodosum). Ces flotteurs sont  creux comme ceux des fucus vésiculeux, et permettent à l'algue de se tenir verticalement lorsqu'elle est immergée. Une méthode toute simple permet de connaître l'âge de l'algue : si on part de l'extrémité d'un thalle vers la base, on comptera autant de flotteurs que l'algue a d'années.
      Les ascophylles se rencontrent normalement sur les  2 côtés de l'Atlantique nord ; USA, Canada et certaines côtes du Groenland, Islande ; sur les côtes européennes, du nord du Portugal au cap Nord et aux côtes de Laponie: Voir ce lien sur la distribution géographique.
     L'ascophylle sert souvent de support à une autre algue, Polysiphonia lanosa (encore appelée Vertebrata lanosa), qui forme des touffes sur son thalle. 
Ces algues sont-elles parasites ?  Plus elles sont abondantes et plus l'algue est en mauvais état. On peut penser que polysiphonia est à l'origine de la mauvaise santé de l'algue, mais il se peut aussi que ce mauvais état facilite son installation. 
Certains scientifiques estiment qu'il s'agit d'un hémiparasite, comme le gui pour les arbres.



Au printemps apparaissent les organes reproducteurs (conceptacles). Il existe des pieds femelles et des pieds mâles ; les réceptacles mâles deviennent plus jaunes à maturité que les réceptacles femelles.

Dans les zones battues par la houle.

    Dans les zones battues par les vagues, il n'y a pas, ou peu, de pelvéties, et pas du tout de fucus spiralés. Une variété de fucus vésiculeux remplace la variété à flotteurs. Assez localisée, elle est plus  petite et n'a pas de flotteurs (ceux-ci seraient inutiles, et donneraient trop de prise aux vagues) ; on l'appelle Fucus vesiculosus, variété evesiculosus.



      L'ascophylle est absente.
    Il y a donc très peu d'algues brunes dans la zone inter-littorale: les seules algues présentes se trouvent dans des trous où l'eau reste pendant la marée basse ; ce sont des algues rouges ou vertes qui vivent en général à des niveaux plus bas sur les roches qui émergent. 

Les algues brunes vivant entre les marées basses moyennes et le zéro des cartes
    Le zéro des cartes est le niveau le plus bas atteint par la mer (lors des marées de coefficient 120). La zone concernée inclut des trous d'eau et cuvettes situées un peu au-dessus de ce niveau, si elles sont assez profondes pour ne pas trop se réchauffer pendant les basses mers estivales.
    Il y a assez peu de différences entre l'horizon inférieur de la zone des marées et la zone infra-littorale, toujours immergée.
    En mode calme, les cystoseires forment des prairies sous-marines très propices à la vie animale. Elles sont souvent concurrencées par d'autres algues brunes venues d'ailleurs (espèces invasives) : les sargasses. Après une invasion très rapide sur la côte atlantique, la population de sargasses s'est stabilisée et on peut les considérer comme intégrées au milieu. On trouve aussi des bifurcaria et quelques autres espèces. Les algues rouges sont plus variées mais représentent une biomasse plus faible.

     En mode battu, les algues rouges sont également nombreuses et variées, mais en général de petite taille, comme les chondrus (généralement appelés carragheen et très utilisés pour la production d'alginates). Juste au-dessus du niveau des grandes marées basses, un tapis glissant de très longues algues (souvent plus de 2 m), les himantalies ou Himanthalia elongata couvrent le rocher. 
A marée haute, ces longs  rubans étroits et ramifiés sont dressés et ondulent avec la houle. Ce sont eux qui portent les organes reproducteurs de l'algue et se détachent en automne, laissant seulement une base en forme de champignon, visible sur la photo ci-dessous à côté du crampon basal d'une laminaire. Les petites boules vertes sur la gauche sont de très jeunes himanthalies.

     Enfin, plus bas, émergeant rarement, se trouvent des algues aussi longues, mais plus généralement plus larges : les laminaires. Il en existe plusieurs espèces, récoltées comme engrais ou pour produire des sels minéraux (potassium, soude, iodures, etc).
 Sur la photo ci-dessous, prise lors d'une marée basse de coefficient 115, les laminaires plongent partiellement dans l'eau du fossé, tandis que des algues rouges et des himanthalies occupent le plateau (à gauche). Les himanthalies sont encore peu nombreuses car c'est encore le début du printemps.
        

Ci-dessus une laminaire isolée (saccharina latissima), fixée à un petit caillou enfoncé dans la vase.

 




Régression et disparition des algues brunes : observations

     Nous avons commencé nos observations par le sud Finistère : communes de Moëlan sur mer et de Clohars Carnoët notamment au port de Doëlan et à l'ouest de celui-ci (entre Doëlan et Merrien ; criques de Portec et  de Port-Bali notamment)
     Que voit-on sur l'estran rocheux où devraient vivre fucus et ascophylles ? En bien des endroits le rocher nu : il n'y a plus une touffe de goémon. Voici par exemple l'estran rocheux de la crique de Porchinec, entre Portec et Port-Bali

    En d'autres endroits on trouve encore des touffes d'algues, avec des thalles de quelques cm de long. En d'autres lieux, notamment dans les parties amont des estuaires, on retrouve une couverture d'algues plus fournie, voire normale. Plus l'estuaire est long et abrité, plus on va vers l'amont, plus les algues paraissent normales : le phénomène de régression des algues progresse à peu près partout de l'aval vers l'amont.
  Voici 3 images de la rive droite du port de Brigneau, prises le même jour en 2006. Sur la première, en aval, il ne reste que des pelvéties (niveau supérieur) ; la seconde montre, sur le quai, quelques touffes de fucus. Sur la troisième, en amont, il reste encore des algues en quantité notable.
 
   Le NW du Finistère (côte des Abers semble être la zone qui résiste le mieux, pour l'instant. Mais nous n'avons pas exploré la zone récemment. Voici une photo de cet endroit prise en 2005 (vers Penn Enez, côté Landeda, rive gauche de l'Aber Wrac'h). L'alignement de la balise et des phares permet de repérer facilement l'endroit photographié. On peut prendre cet aspect de l'estran comme référence d'un peuplement normal.
     Voici un autre aspect de peuplement sain, en 2005, dans l'anse de Kersaux à Concarneau

    
   Le port de Concarneau, lui-même, ne semble pas atteint par cette régression des fucus et ascophylles, comme le montre le beau peuplement d'algues brunes au pied de la ville close et en face de celle-ci C'est peut-être pourquoi le laboratoire de biologie marine de Concarneau  semble ne pas se pencher sur le problème.
Côté ville close
Côté Lanriec

    D'autres endroit de la côte de la Manche et de l'Atlantique montrent des aspects intermédiaires entre  la belle prairies de l'Aber Wrach ou de Concarneau  des photos ci-dessus et le désert rocailleux.
     Sur la côte de la Manche, nous avons par exemple trouvé des sites intéressants :
 à Trégastel


 à Trébeurden (au nord du port de plaisance)


à Carantec (Roc'h Gored,) entre la pointe du Cosmeur et celle de Pen ar Lan.


     Nous avons trouvé la même situation à Brétignolles, en Vendée : Nous voyons sur ces photos 2 aspects de l'estran, prises en octobre 2005 ; il reste encore quelques beaux champs d'algues (montrant que les conditions permettent leur développement), mais de vastes zones de roches dénudées.

    Toutes ces images montrent une limite nette entre la roche nue et les champs d'algues brunes, laissant supposer une régression de ceux-ci. Pour prouver cette régression, il faut examiner ce qui se passe au fil des années.
    Les 2 photos suivantes montrent 2 secteurs comparables de la rive gauche de Portec :

les rochers de Portec en 1976
état des lieux en 1986
    et en 2003 : plus une algue. Elles n'ont pas repoussé depuis.

        Voici des photos montrant l'évolution d'un rocher au port de Doëlan :
vers 1960, les algues recouvrent tout le rocher
vers 1980, des trous sont apparus dans la couverture algale
en 2003, il ne reste que quelques algues, en bas de l'escalier.


      Depuis 2003, rien n'a changé : dans la plupart des cas, lorsque les algues brunes ont disparu, elles ne réapparaissent plus.
        Voici un autre site, toujours à Doëlan, à des dates plus récentes et plus précises :
Un site de la rive droite de Doëlan en avril 2005
le même site en janvier 2007
en avril 2014, il n'y a plus une seule algue


     On remarquera qu'en même temps que les algues ont disparu, des huîtres se sont installées. On constate le même phénomène dans les criques  de Portec et de Port-Bali. Il n'y avait jamais eu d'huîtres en ces lieux auparavant. Ce qui est d'autant plus curieux, c'est que les ostréiculteurs se plaignent d'une importante mortalité dans leurs élevages.
     On remarque ce développement d'huîtres "sauvages", (crassostrea gigas), reconnue comme une espèce invasive, autour des zones ostréicoles importantes, comme en baie de Quiberon : ci-dessous l'aspect saisissant de la côte entre Port-Haliguen et la pointe du Conguel, sur la côte est de la presqu'île de Quiberon : les algues (taches brunes) ont fortement régressé et le reste due la roche est entièrement recouvert d'huîtres.
      Les algues ne s'installent pas sur les coquilles d'huîtres vivantes, et le font encore moins quand les huîtres sont mortes et perdent une des valves de la coquille : l'autre valve reste collée au rocher et montre sa face interne nacrée et complètement lisse.
     Alors, quelle peut être la cause de cette inquiétante disparition des Fucacées ?
     On peut penser à la cueillette, notamment pour garnir les bourriches d'huîtres. En effet, on constate que celles-ci sont vendues avec ces algues qui disparaissent. Mais cela représente une consommation minime, et localisée aux environs des exploitations ostréicoles. Or, ces entreprises se trouvent au fond des rias et dans les rades, là où le problème est quasi-inexistant. De plus, la cueillette de ces algues se fait en les coupant proprement, non en  les arrachant. Quant à l'activité goémonière, elle est inexistante sur la côte sud, et au contraire développée sur la côte nord-ouest de la Bretagne, là où les algues (y compris les laminaires, les plus exploitées) sont normales.
    Autre hypothèse, la pollution. Mais laquelle ? pas une pollution d'origine terrestre, en tout cas : inutile d'accuser encore l'agriculture, les eaux usées ou les peintures anti-salissures des bateaux.  La situation des algues, nous l'avons dit, est meilleure dans les fonds de rias et dans les ports que sur la côte tournée vers le large. On peut même se demander si la pollution ne favorise pas les algues brunes comme les algues vertes ; mais aux îles de Glénan, éloignées du continent, non cultivées et considérées comme un des endroits les plus "propres" du littoral, la régression des fucus et ascophylles commence seulement.
     La houle, alors ?  Les rochers relativement abrités prennent l'aspect dénudé de ceux qui sont exposés aux grandes houles d'hiver.: On a l'impression que le mode battu gagne du terrain sur le mode abrité. Mais, malgré toutes les tempêtes qui se sont succédé lors de cet hiver 2013 -2014, il n'est pas évident que les coups de mauvais temps soient devenus plus fréquents. Cet hiver vient après plusieurs années assez calmes. Il faut cependant remarquer que les algues, notamment les ascophylles, brisent les vagues : les plus exposées protègent les autres. Lorsqu'elles disparaissent, les vagues continuent leur course plus loin et s'amortissent moins. Mais cela ne peut que s'ajouter à une autre cause.
     Et cette cause, en regardant de plus près, Auguste le Roux pense l'avoir trouvée : c'est le broutage par des gastéropodes : les patelles, ou berniques.
     Au tout début, comme beaucoup d'habitués de l'estran, nous avons douté, pensant que ces gastéropodes, à priori inoffensifs, avaient toujours existé, en équilibre avec leur milieu. Ce que nous avons vu nous a a stupéfié : les rochers nus sont peuplés de berniques, parfois plusieurs centaines par mètre carré. A force de gratter la roche, que peuvent-elles trouver ? La famine ne serait-elle pas à l'origine de leur attirance pour les algues brunes ?
mais que peuvent-elles donc trouver à manger sur ce rocher ?
Après avoir lu l'article sur les patelles, regardons de plus près sites déjà décrits, par exemple dans les Côtes d'Armor, à Trégastel


   Ou encore à Carantec :

  Dans les 2 cas un champ de fucus et d'ascophylles est séparé de la zone où le granite est complètement décapé par un véritable front de patelles. On constate que ce front avance d'année en année.  De là à supposer que celles-ci soit à l'origine de la destruction des algues...
 
  L'image ci-dessus montre 3 patelles émergées, continuant à brouter chacune un "rameau" d'ascophylle. Elles ne sont pas collées au rocher. On peut également distinguer 4 jeunes individus, dont l'un est partiellement caché. 2 d'entre eux se sont déjà "construit" leur place, parmi les algues rouges encroûtantes.
    
   A force d'être ainsi rongé, le thalle se détériore, des maladies l'attaquent, il reste noir même à marée haute. Peu à peu, les algues, surtout les ascophylles, prennent un aspect "en brosse" dont les éléments ne mesurent que quelques cm. Le crampon s'abime également, au point de se détacher très facilement et d'être enlevé par une vague un peu forte. Souvent aussi, l'algue est attaquée au niveau du crampon et la bernique le coupe à la base. Ci-dessous, quelques photos montrent la destruction d'une ascophylle en quelques jours (de fin novembre 2003 à début janvier 2004.


le lendemain de cette photo, il ne restait rien de l'algue
une vue plus grossie montre les traces laissées par les radulas

    Pour connaître la suite, reportez vous à la page : Pourquoi les algues disparaissent : des berniques voraces